Imprégnée du Qawwali de Nusrat Fateh Ali Khan, de l’énergie des transes du Kurdistan, ou des rythmiques africaines au groove implacable, leur musique nous transporte, entre héritage et modernité, vers un ailleurs aux contours énigmatiques, au cœur du grand tourbillon des chants, des rythmes et des mélodies de l’Orient mystique. Faire se croiser au sein d'une même formation deux grandes traditions musicales orientales, en l'occurrence indienne et arabo-persane, quand on est soi-même un Occidental, voilà qui pourrait sembler une gageure. C'est pourtant ce qu'a fait le percussionniste et ethnomusicologue Bastien LAGATTA, pilier de l'Ensemble BADILA. Avec le concours de musiciens issus de traditions différentes, ainsi que d'une danseuse, il a créé un monde sonore qui fait fi des frontières géoculturelles, réinvente les cultures musicales et dépeint un imaginaire orientaliste dans lequel les influences de l'Islam soufi, de l'hindouisme et de diverses traditions savantes et populaires invitent à vivre la musique comme un véhicule d'appréhension cognitive et de communion spirituelle. Pluridisciplinaire, BADILA poursuit une quête sonore et émotionnelle à travers une riche palette de timbres, de rythmes et de couleurs, auxquels s'ajoutent sur scène les performances transversales et visuellement éblouissantes de la danseuse Ava FARHANG. ![]()
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Bastien LAGATTA nous raconte les tenants et les aboutissants de cette singulière aventure qui a mis plusieurs années à se concrétiser et qui se matérialise aujourd'hui avec un premier CD paru chez Arion, Qalandar Express, ainsi qu'avec un spectacle qui a déjà tourné au Yémen et au Pakistan, avant d'atterrir à Marseille, à Paris, en avril dernier, puis à Uzès cet été. Mame ![]() Badila signifie « L’Amoureux à fière allure » et l’on entend épisodiquement ce terme évocateur qui est comme un mot de passe dans les chants du Rajasthan. Bastien Lagatta, à l’origine du projet, est un amoureux des musiques orientales. Longtemps percussionniste de jazz et de musique contemporaine, ethnomusicologue, il décide un jour de partir dans de longs voyages à la rencontre de musiciens de maintes traditions orales. Il séjourne ainsi en Mauritanie, dans le Sud algérien chez les Touaregs puis en Lybie. Le désert et ses musiques le fascinent. Muni d’une Bourse de la Ville de Paris, il se rend au Pakistan, puis dans le désert de Thar au Rajasthan ainsi qu’à Bénarès où il apprend le tabla. On le retrouve aux confins de l’Ethiopie où il enregistre des peuplades de la Vallée de l’Omo, puis en Erythrée, au Yemen et en Iran. C’est dans la capitale yéménite qu’il enregistre en mars 2004 les « Chants d’Amour des Cavaliers Mystiques » sur l’invitation du directeur du Centre Culturel français, avec l’aide de CulturesFrance (ex-AFAA). Dans cette ville magique, chacun des musiciens se trouve dans un pays qui lui est étranger ; ainsi aucun n’est avantagé en baignant dans sa propre culture. Le groupe tourne alors dans le pays puis au Pakistan, enfin en France en octobre 2006. Dans cette rencontre originale Bastien Lagatta se sert de la tradition pour l’amener vers des espaces plus imaginaires et novateurs. Les dastga de la Perse répondent aux ragas de l’Inde, tandis que le feu vocal du chanteur manghanyar est atténué par la douceur poétique du chanteur iranien. Le soufisme et l’hindouisme communient par des chants ardents et mystiques. Le mot mystique est ici appréhendé dans un sens d’ouverture et de réceptivité à l’autre, dans la quête de soi à travers l’autre. Il s’agit d’un essai pour creuser et voyager dans une voie où le maître mot est Liberté. Il s’agit aussi de la recherche d’un son, d’une émotion, qui participeraient d’un voyage vers la connaissance de soi. Cette expérience peut être bouleversante, parfois violente. (origine du texte: Christian Ledoux) ![]() ![]() |