CRITIQUE TELERAMA

Ni solennel ni guindé, le quadrille guadeloupéen insuffle malice et poésie dans les figures au carré héritées des salons parisiens du XVIIIe siècle. Fort prisé des anciens maîtres planteurs qui étaient très fiers de leurs esclaves musiciens, il se danse toujours dans les « balakadri » des campagnes de Grande-Terre et de Marie-Galante, où se succèdent les différentes figures : pantalon, été, poule, pastourelle. Les adeptes, organisés en quasi-confréries, tiennent à leur élégance : « Les danseurs en chaussures à bout pointu doivent saluer la dame vêtue d'une robe à volants en n'oubliant surtout pas de la regarder dans les yeux », précise Reynoir Casimir, alias Négoce, dans la brève interview sonore qui clôt l'album. Son groupe, nommé Signature, se nourrit, comme il se doit, du syncopé-chaloupé hérité de l'Afrique. La danse est menée par la plantureuse Béatrice Noyer, dont les savoureuses injonctions parlées-chantées en créole invitent à « mouliner, balancer, face à face ». Tandis que Négoce fait virevolter les plis de son accordéon (lequel a, dès la fin du XIXe siècle, supplanté le violon) s'exaltent percussions, hochets, racleurs, triangles et tambourins. Le quadrille n'est pas leur seul credo, valses, marches, biguines et merengues figurent également à leur répertoire, qui commence à faire une percée sur les scènes européennes. Eliane Azoulay 1 CD Ocora/Harmonia Mundi. Eliane Azoulay
Telerama n° 3009 - 15 septembre 2007